« Le dialogue social européen est méconnu par les salariés, pourtant il existe ! »

Bruno Gabellieri, directeur des relations extérieures et des affaires européennes d’Humanis

Janvier 2018

En avant-première du rapport annuel sur l’état du dialogue social qui sortira en mars 2018, Bruno Gabellieri, directeur des relations extérieures et des affaires européennes du groupe Humanis,  commente les résultats du sondage de l’Institut Odoxa [i] qui s’intéresse au dialogue social européen et compare les perceptions par la salariés en France et dans plusieurs pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie).

Le Lab Social : Comment expliquer la moitié des salariés en Europe n’a aucune idée de ce que recouvre le dialogue social européen ?

Bruno Gabellieri : Le dialogue social européen est largement méconnu par les salariés car les partenaires sociaux nationaux n’en parlent pas. Ils n’assurent pas suffisamment le « service après-vente » des accords européens qui sont conclus. Pourtant ce dialogue social européen existe dans de nombreux domaines. Par exemple en matière d’égalité Hommes-Femmes, le dialogue social européen a donné lieu à des accords européens dans des groupes comme Total, Engie ou Carrefour.

Le Lab Social : Pourquoi les Français ont-ils une vision plus critique du dialogue social européen ?

Bruno Gabellieri : JLe dialogue social européen est en fait critiqué par les Français en raison de son absence de visibilité. Les Français ne connaissent ni les effets des accords-cadres qui sont issus du dialogue social européen et ont été ensuite transposés en France, ni les accords européens sectoriels négociés dans les branches.

Par exemple, l’accord cadre européen sur le télétravail, qui date de 2002, a donné lieu à une transposition dans les branches au niveau européen notamment celle du commerce et de l’assurance, puis dans les branches au niveau français comme celle de la vente à distance et il a été décliné dans des accords de nombreuses entreprises comme Thalès, Renault, La Poste, Michelin…

Le Lab Social : Pourquoi y-at-il un décalage en France entre la perception de l’efficacité du dialogue social et sa réalité ?

Bruno Gabellieri : Les salariés ont une meilleure perception du dialogue social qu’ils connaissent bien, celui qui est mené au niveau de leur propre entreprise. Plus on s’éloigne du dialogue social d’entreprise, plus la perception qu’ils en ont est critique, par manque d’information. Ils parlent alors davantage des conflits sociaux très médiatisés, comme celui de Ryanair récemment, que de dialogue social constructif qui ne fait pas de bruit.

 

 

[i] Sondage réalisé par l’Institut Odoxa pour le groupe Humanis sur un échantillon représentatif de 4 258 salariés français, allemands, anglais, espagnols et italiens interrogés par Internet en août et septembre 2017.